Douce nuit...

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« Il est né le divin enfant... », chantent les haut-parleurs... Les passants affairés se bousculent : Vite, les derniers cadeaux ! Cascades de lumière, sapins étoilés à tous les carrefours... Noël arrive !

« Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel... », voix claires d’enfants dans le ciel noir.

Nuit glacée, trottoirs gelés, formes humaines sous des cartons cherchant un peu de chaleur à la porte des magasins. Misère, solitude...

- « Pourtant, dit un petit cœur, un Sauveur nous est né ! Qu’est-ce qui a changé ? Où se cache la lumière du monde, depuis si longtemps ? Je ne vois que lumières électriques et sourires de circon­stance... »

- « Mais que dis-tu là ?, répond la foule en chœur. C’est la fête ! Chocolats, papiers-cadeaux ...Viens, on va s’amuser ! »

Les Noëls de mon enfance semblent déjà d’un autre âge.... Avant que la télévision n’arrive au village, à cette époque presque révolue ou « papa-maman » incarnaient encore la sécurité du foyer. Effervescence doucement ressentie des mystérieux préparatifs, longues courses en forêt à la recherche de houx aux boules rouges, et de mousse étoilée pour faire paître les moutons de la crèche. Et puis la lettre au Père Noël, respectueuse, appliquée, et le joli dessin qui l’accompagnait...

Cœur d’enfant, plein de confiance et d’espoir...

Nous avons tous un cœur d’enfant caché dans un corps qui peu à peu se déguise : talons hauts et rouge à lèvres, cravate et attaché-case, cheveux teints ou cheveux blancs...

Il faut bien grandir, voler de ses propres ailes, prendre sa vie en main, devenir quelqu’un, enfin !

Mais au-dedans, le cœur d’enfant s’inquiète et s’agite :

«Pourquoi tout ça ? Où est la vie, la vraie  vie ? Et l’amour ? Je croyais...”

- « Tais-toi, laisse-moi travailler tranquille ! »

- « Mais enfin le temps passe,  jusqu’à  quand  vas-tu t’agiter ainsi ? Faudra-t-il mourir sans avoir commencé à vivre ? Sans avoir rien con­struit de vrai, de beau, d’utile et de durable ? »

- « Tais-toi, laisse-moi m’amuser, j’ai bien le temps d’y penser ! »

Alors le cœur d’enfant se replie sur lui-même, et se tait. Il pleure un peu et s’endort en suçant son pouce.

Mais voilà un nouveau Noël qui arrive ! Ah ! Ce Noël, comme il sait bien réveiller les cœurs d’enfants, tant de fois déçus pourtant par tant d’espoirs trahis :
- « Le Père Noël qui n’a jamais existé et le petit Jésus en sucre qui a fondu... Et si ce n’était que cela ! »
 - « Petit cœur, arrête de pleurer ! Vois, Noël est de retour : sapin, guirlandes, cadeaux, chocolats... Viens, petit cœur, on va se retrouver tous ensemble en famille, comme autrefois. Tu vas voir, on va s’aimer ! »

Petit cœur sourit. Il a envie d’y croire. Papiers-cadeaux, chocolats, tout est prêt...
 - « Tiens, pour toi, mon grand, ce joli téléphone, tu pourras m’appeler... »
 - « Et pour toi, ma chérie, ce nounours tout doux à serrer contre toi quand tu penseras à moi »

Tout à coup, au-dedans, le cœur d’enfant n’en peut plus. Il voudrait arracher le masque et pouvoir crier :- « Ce n’est pas cela, l’Amour ! Arrêtons cette supercherie! Ne voyez-vous pas ces murs qui nous séparent ? Seul ! On est toujours seul ! »

Et c’est ainsi qu’à Noël, plus que tout autre jour de l’année, tant de cœurs d’enfants désespérés refusent de battre plus longtemps... tandis que sur toute la planète les haut-parleurs chantent en chœur : « Oh ! douce nuit... Oh ! Sainte nuit... Aujourd’hui un Sauveur nous est né.»

Mon cœur pleurait aussi, cette nuit-là... Nous avions souhaité nous réunir pour un Noël de paix. Mais où trouver la paix ? Il faudrait un miracle... Nous n’étions que familles disloquées, et autour de nous drogue, alcool, paroles de dérision... telle était la triste réalité. Je regardais au creux de ma main ce petit Jésus d’argile que j’avais façonné, et en silence je lui disais :
- « Je voudrais tant te connaître, pouvoir parler de toi à mes enfants. Je t’en prie, montre-moi où te servir, amène-moi à mes frères et sœurs, à ma vraie famille. Je veux apprendre à aimer ! »
 Autour du feu, quelques cœurs d’enfants se sont unis pour danser, main dans la main... La prière secrète de nos cœurs, Tu l’as entendue, et nos larmes cachées sous un sourire, Tu les as vues. Ce même soir, Tu as envoyé tes disciples zélés nous chercher dans la montagne où nous étions égarés. Ils nous ont invités pour un vrai Noël de paix qui ne finira jamais... Mon cœur d’enfant avait raison d’espérer

Huyadah

 

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