Les Cathares

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Le “catharisme”, très médiatisé et souvent récupéré, est aujourd’hui un phénomène historique et religieux mondialement célèbre... mais paradoxalement encore relativement mal connu. Qui, en effet, en arpentant le “sentier cathare” pour visiter les “châteaux cathares” est vraiment conscient du drame humain, religieux, politique et social qui se déroula en plusieurs actes sur ces terres, il y a sept siècles de cela?

Intéressés par l’histoire du christianisme et inspirés par les exemples de tous ceux qui, au cours des âges, ont sincèrement aspiré à l’idéal évangélique, nous avons forcément été interpellés par la foi fervente et l’authenticité de ces Bons Hommes et Bonnes Femmes. Nous nous sommes penchés sur cette fresque à la fois tragique et touchante.

Comment résister alors au sentiment de sympathie et d’admiration suscité par leur vécu?

Et, quand on considère l’histoire des religions, comment ne pas être frappé par le fait que, trop souvent, ceux qui croient avoir “la bonne doctrine persécutent ceux qu’ils jugent avoir la mauvaise?”

C’est ce que les cathares exprimaient, à leur manière et non sans humour, vis à vis de l’Eglise Romaine qui les persécutait et interdisait, par la même occasion, toute liberté religieuse:

 Le loup et l´agneau gravure de Gustave Doré 1868 (Fables de La Fontaine)“L’Eglise Romaine n’a pas honte de dire qu’ils sont les brebis et agneaux du Christ, et que les hérétiques qu’ils persécutent sont l’église des loups. Mais ceci est absurde, puisque les loups ont toujours poursuivi et tué les brebis, aujourd’hui il faudrait que ce soit l’inverse et que les brebis soient assez enragées pour mordre, poursuivre et tuer les loups, et que les loups soient si patients de laisser les brebis les dévorer!”

Nous aimerions, sans prétention, partager avec vous ce que nous avons appris...

 

Un Ferment de Contestation

Aux alentours de l’an 1000, tandis que l’institution romaine cherche à imposer son pouvoir en tant que théocratie pontiicale (pouvoir de Dieu à travers la papauté), les croyants, eux, s’inquiètent du salut de leur âme, d’autant plus que la vie est précaire au Moyen-Âge. L’église d’alors, représentée par un haut clergé corrompu et mondain et un bas clergé paroissial souvent inculte, manque de satisfaire aux besoins des croyants et semble bien éloignée du modèle de l’église primitive (amour du prochain, communauté de partage...). De plus la liturgie en latin contribue à couper le peuple du message du Christ.

Ainsi, se propage un peu partout en Europe un ferment de contestation religieuse, et l’on voit leurir de nombreuses sectes et mouvements dissidents, tels les Vaudois et les Cathares. Leur point commun: ils prêchent l’évangile dans la langue du peuple. Une même conviction les anime: “Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes”.

Beaucoup cherchaient un rempart contre le mal omniprésent. Ils raillaient les pratiques superstitieuses de l’église, critiquaient le baptême des nourrissons et niaient la validité de sacrements administrés par un clergé corrompu. Ils prêchaient le détachement de ce bas monde dont Satan est le prince et espéraient “de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice règnerait”.

Chevaliers siècle XILe 11e siècle fut donc le siècle des moines et des chevaliers, mais aussi celui de la contestation religieuse: le siècle des hérétiques. L’église papale les appelait souvent “Manichéens”.1 Cet amalgame permettait de les stigmatiser car, au tournant du IVe siècle le manichéisme avait déjà été réfuté par Saint Augustin, autorisant même l’usage de la force lorsque la persuasion ne sufisait pas.

Par ailleurs, le fait d’assimiler leur doctrine à un courant oriental dualiste2 évitait très habilement de placer le débat sur son véritable terrain: celui des évangiles.

Hérétiques brûlés vifsLa réaction de l’église fut donc violente pour lutter contre ceux que les clercs considéraient comme de faux prophètes et suppôts de Satan. Elle poussa l’Etat à effectuer des répressions comme les lagellations, marques au fer rouge, expulsions et même exécutions.

Sept siècles s’étaient écoulés depuis la première exécution connue d’un chrétien accusé d’hérésie3, mais le nouveau millénium avait débuté avec le calvaire d’une douzaine d’hérétiques brûlés vifs à Orléans en 1022.

Cela marquait le début de la répression religieuse, violente et systématique, qui serait la pratique de l’église pendant des siècles.

 

Des Hérétiques Partout

Des hérétiques sont signalés en Champagne, en Aquitaine, en Périgord, mais aussi à Arras où l’évêque en “réconcilie” un grand nombre en 1025. En Italie du Nord, un groupe important et actif est collectivement brûlé vif à Turin autour de la même année. Puis en 1184, par la décrétale de Vérone, le pape a imposé aux évèques de poursuivre les hérétiques et aux autorités publiques de leur prêter main forte:

“Dans le but de supprimer les vices des diverses hérésies qui dans plusieurs parties du monde ont commencé à pulluler ces derniers temps, il est nécessaire d’exciter la vigueur ecclésiastique...
Nous décrétons donc que soient frappés d’un anathème perpétuel tout d’abord les Cathares et Patarins... ainsi que tous ceux qui ne craignent pas de penser ou d’enseigner sur l’eucharistie, le baptême, la confession, le mariage et les autres sacrements autrement que ne prêche et n’observe la sacro-sainte Eglise Romaine, et en général quiconque a été jugé hérétique par l’Eglise Romaine elle-même.”
4

Partout en Europe, les sectes, sitôt détectées étaient anéanties, leurs chefs suppliciés et les adeptes dispersés. De nouveaux mouvements continuaient à se former, parfois même des églises s’organisaient, mais toujours dans un climat général de clandestinité, de suspicion et souvent de terreur.

C’est sur la terre du Languedoc5 que les Cathares6, qui avaient bonne réputation à la fois auprès des seigneurs et des gens du peuple, trouvèrent asile.

Ainsi, malgré la campagne de prédication de St. Bernard en 1145 pour convertir les hérétiques, l’église Cathare s’organisa grâce à la complicité ouverte et la tolérance bienveillante des grands seigneurs locaux.

Cette tolérance trouvait sa source non tant dans la croyance elle-même que dans le fait qu’il paraissait naturel aux occitans que l’on professât la religion de son choix.

C’était le cas de Raymond VI, Comte de Toulouse qui accueillait sous sa protection aussi bien Juifs, Musulmans ou hérétiques. En fait, les seigneurs du Languedoc reconnaissaient davantage le droit à l’hérésie, que l’hérésie elle-même.7

Pays Chatare

 

L’Age d’Or du Catharisme

Au début du 13e siècle, les Cathares, établis depuis longtemps dans cet environnement favorable, vivaient en paix. Dans le sud de la France, les nobles avaient construit autour de leurs châteaux, de grosses bourgades fortiiées où toutes les classes sociales cohabitaient. Cela donnait à la société féodale occitane son caractère original de convivialité et permettait l’interaction sociale, facteur important dans la croissance du Catharisme.

Ces Cathares qui avaient fait voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance aux Saintes Ecritures, vivaient en communautés séparées d’hommes et de femmes. Leur foi les conduisait à ne pas mentir, tuer, juger, ni jurer. Ils priaient constamment, nuit et jour, s’interdisaient toute alimentation carnée ou produits animaux hormis le poisson, et beaucoup jeûnaient au pain et à l’eau trois fois par semaine. Ils irent des copies du Nouveau Testament en langue occitane, beaucoup ayant avec eux, au moins l’évangile de Jean. Leur vie simple était pour leur entourage, en contraste frappant avec la pompe des évêques.


Les Cathares et leur travailLes Cathares gagnaient leur vie en ilant, tissant, travaillant le bois ou le métal dans leurs ateliers ou lieux d’apprentissage, où ils prêchaient également. Dans leurs maisons, situées au coeur du village, ils prenaient soin des malades, des pauvres et des voyageurs. Ces maisons étaient des lieux de rencontre où se côtoyaient tout naturellement riches et pauvres, venus écouter leur enseignement. Leurs solutions simples aux problèmes moraux répondaient aux inquiétudes spirituelles de l’époque, attirant aussi bien les nobles que les gens du peuple.

Appelés par leurs voisins “bons chrétiens”, ils gagnaient le respect de tous et leur foi se propageait rapidement, menaçant la domination spirituelle et matérielle de l’église catholique. Pour celle-ci, les Cathares étaient des “adversaires”et des hérétiques car ils rejetaient l’autorité dogmatique de l’Eglise, considéraient ses sacrements comme nuls et vides de sens et niaient la légitimité du pape.

Baptême de l'esprit par l'imposition des mainsLes Cathares n’avaient qu’un seul sacrement, le “consolament”, baptême de l’esprit par l’imposition des mains.

Ils n’avaient pas de représentation physique du sacré puisque, pour eux, tout ce qui procède de la matière participe de la puissance du mal.

Voilà le point fondamental de leur doctrine dualiste: Dieu, être bon et parfait, ne peut avoir engendré ce monde corruptible, violent et plein d’injustice. La création qui nous entoure est l’oeuvre de Satan qui a enfermé nos âmes dans des tuniques de chair.


Christ est venu, par son message et son exemple, enseigner aux hommes comment vivre pour gagner le salut. Les Cathares méprisent donc le monde et la chair. Ils vivent selon les principes évangéliques non violents, ne possèdent et ne désirent ni richesses, ni pouvoir et n’imposent aucune taxe.

Le catharisme n’était pas une réforme du catholicisme, mais bien une église chrétienne différente, plus fraternelle et égalitaire, libérée de la lourde hiérarchie de l’Eglise Romaine.

Bien que le Catharisme soit resté minoritaire, il aurait pu aisément devenir la religion dominante des habitants du sud de la France... si on l’avait laissé en paix!

 

“Au-dessus des Peuples et des Royaumes”

Innocent III en 1198En 1198, Innocent III accéda au suprême pouvoir spirituel avec un but bien arrêté: restaurer l’Eglise dans sa domination mondiale. C’est ce qu’il exprima dans son discours d’inauguration:

“C’est à moi que s’applique la parole du Prophète: Je t’ai établi au-dessus des peuples et des royaumes pour que tu puisses arracher et détruire, et que tu puisses bâtir et planter.” 7

“Nous sommes établis par Dieu au-dessus des peuples et des royaumes. Rien de ce qui se passe dans l’univers ne doit échapper à l’attention et au contrôle du Pape. Dieu, créateur du monde, a mis au irmament deux grands astres pour l’éclairer: le Soleil qui préside aux jours, la Lune qui commande aux nuits.

Dominic Guzmán, Arnaud Amaury, et d'autres abbés cisterciens écrasent sous leurs pieds le Cathares impuissants De même, dans le monde, il a institué deux hautes dignités: la papauté qui règne sur les âmes, et la royauté qui domine les corps. Mais la première est très supérieure à la seconde. Comme la Lune reçoit sa lumière du Soleil qui rayonne beaucoup plus qu’elle, ainsi le pouvoir royal tire tout son éclat et son prestige du pouvoir pontiical.” 8

Pour Innocent III, le pouvoir qu’exercent les princes leur a été seulement délégué, et le pouvoir suprême appartient à la papauté:

“Le Christ, écrira-t-il, n’a pas seulement laissé à Pierre le pouvoir de gouverner l’Eglise Universelle, mais tout le siècle à gouverner. Aux princes a été donné le pouvoir sur la terre; au sacerdoce a été attribué le pouvoir sur la terre comme au ciel.” 9

 

La Croisade contre les Albigeois 10

Puisque le Catharisme représentait un tel danger pour le Catholicisme, le nouveau pape décida de prendre les choses en main en utilisant “la force du glaive matériel, au moyen des princes et des peuples”, pour sévir contre les hérétiques et leurs protecteurs, c’est-à-dire les comtes occitans.

Le 10 mars 1208, Innocent III adressait aux évêques, ainsi qu’aux comtes et chevaliers, et même au roi de France un appel virulent à la guerre sainte:

La Croisade Contre les Albigeois“En avant donc, chevaliers du Christ! En avant, courageuses recrues de l’armée chrétienne! Que l’universel gémissement de douleur de la Sainte Eglise vous entraîne! Qu’un zèle pieux vous enlamme pour venger une si grande offense faite à votre Dieu!... Devant un tel péril nous promettons la rémission de vos péchés ain que sans tarder vous portiez remède à de si grands dangers. Efforcez-vous de paciier ces populations. Appliquezvous à détruire l’hérésie par tous les moyens que Dieu vous inspirera. Avec plus d’assurance encore que les Sarrasins, car ils sont plus dangereux, combattez les hérétiques d’une main puissante et d’un bras étendu.”11

Pendant dix ans il avait essayé en vain de lancer cette croisade, se heurtant à la résistance des princes ainsi qu’à la nonchalance des prélats. Il dut donc, en attendant, se contenter d’opposer aux Cathares la prédication des Dominicains et Franciscains, sans grand succès d’ailleurs.

Mais le meurtre du légat du pape sur une route du Languedoc lui fournit le prétexte dont il avait besoin pour convaincre les seigneurs de France d’entreprendre la croisade, appelée Negotium Pacis et Fidei (“les affaires de paix et de foi”). Une campagne militaire qui avait, ainsi que l’indique son nom, un but à la fois politique et religieux, car elle devait augmenter le pouvoir spirituel et temporel du pape.

Le bûcher [Supplice] des Hérétiques Amauriciens devante le roi Philippe II de FranceEn 1209, le délégué papal Arnaud Amaury se ruait sur le Languedoc à la tête d’une véritable armée internationale. Béziers fut la première ville assiégée. Refusant de livrer aux croisés les quelques 220 hérétiques qu’elle abritait, la ville fut prise d’assaut et ses milliers d’habitants massacrés.

“Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens”, tel est le commandement tristement célèbre attribué au légat du pape, lorsqu’on lui demanda comment distinguer les hérétiques des catholiques. Cette phrase, même si elle n’a peut-être jamais été prononcée, traduit bien l’état d’esprit d’Arnaud Amaury:

“La vengeance divine a fait merveille, nous les avons tous tués”, devait-il écrire au Saint-siège.

Durant près de 15 ans, la croisade devait ravager le pays. Les seigneurs occitans accusés de protéger les hérétiques furent entièrement dépossédés, et toute ville résistante était traitée sans pitié. De grands bûchers collectifs consumèrent des communautés entières de Cathares: 140 à Minerve, 400 à Lavaur.

Cependant la “Guerre Sainte” ne parvint pas à enrayer le Catharisme, et une contre-offensive des seigneurs occitans s’acheva par le départ des croisés en 1224. A la faveur de cette reconquête, les seigneurs du Midi récupérèrent leurs biens et certaines de leurs villes, et le Catharisme reparut au grand jour. Leurs églises se réorganisèrent et les communautés releurirent.

En 1226, une seconde croisade se mit en route, conduite cette fois par le nouveau roi de France Louis VIII lui-même. Saignée à blanc par toutes ces années de luttes et de souffrances, l’Occitanie inalement se rendait en 1229. Ce fut la in de la croisade, et le catharisme entra déinitivement dans la clandestinité. La répression ne fut donc eficace que grâce à l’alliance des rois capétiens et de la papauté, alliance qui entraînera au cours du 13e siècle la réorganisation de l’Europe et la remise en ordre de la chrétienté.

La guerre sainte était devenue une guerre de conquête. La guerre contre les seigneurs du Midi, voulue et déclarée par la papauté, fut gagnée par le Roi de France. Tous deux en sortirent renforcés. Le roi y gagna à terme l’annexion du Languedoc au domaine royal et l’Eglise eut place nette et les mains libres pour éliminer déinitivement l’hérésie.

 

L’Inquisition

Là où l’épée n’avait pu détruire les hérétiques, Rome allait utiliser d’autres moyens beaucoup plus redoutables. Un concile tenu à Toulouse en 1229 ordonna:

“Que dans chaque localité soit désigné un prêtre et trois laïcs qui recherchent diligemment les hérétiques de la cave au grenier, et qu’ils les dénoncent ain qu’ils soient punis du châtiment requis.
Que les hérétiques convertis soient internés dans des villes catholiques à moins qu’ils ne se rétractent ; là ils porteront deux croix de chaque côté de la poitrine, d’une couleur différente de celle de leurs vêtements, pour qu’on puisse les reconnaître.
Que tout hérétique dont la conversion n’a pas été obtenue par dévotion mais par crainte de la loi, soit détenu dans une forteresse, de sorte qu’il ne puisse pas en souiller d’autres.
Que le prêtre puisse savoir les noms de tous les membres de sa paroisse qui prononceront devant l’évêque des voeux attachés aux vérités de la foi...
Que personne ne garde l’Ancien ou le Nouveau Testament en sa possession, mais seulement la collection des psaumes, le livre d’extraits des évangiles, et le livre quotidien de prières, et que ces livres ne soient traduits en aucun langage ordinaire.”
12

L'InquisitionMais en 1233, sous Grégoire IX, la papauté, consciente de l’hésitation du clergé local à appliquer ces mesures, décida de créer une institution répressive, placée sous son contrôle direct: l’Inquisition était oficiellement née, sous la forme d’un tribunal spécial, chargé d’éradiquer l’hérésie.

“On applique de droit le qualiicatif d’hérétique dans des cas très spéciiques: est hérétique tout excommunié, tout simoniaque, celui qui s’oppose à l’Eglise Romaine et ose contester la dignité qu’elle a reçue de Dieu, ainsi que celui qui commet des erreurs dans l’explication de l’Ecriture Sainte, ou qui crée une nouvelle secte. Est aussi hérétique celui qui n’accepte pas la doctrine romaine en matière de sacrements, interprète autrement que l’église de Rome un ou plusieurs articles de foi, ou doute de la foi.”13Jean-Paul Laurens, L'Interrogatoire, 1881

Le pape Grégoire IX espérait assurer la défense de la foi et la reconquête des âmes par la “persuasion” et il conia cette mission aux Dominicains. Mais ces derniers se montrèrent si sévères que le Pape leur adjoignit en 1237 les moines Franciscains ain de “tempérer la rigueur des premiers par la mansuétude des seconds”.

Dotés d’un grand zèle, les inquisiteurs organisèrent leur institution au moyen de procédures rigoureuses et de dépositions minutieusement enregistrées. Par la menace, la ruse et la sagacité, l’inquisiteur cherchait à obtenir des aveux. De plus, la bulle “Ad extirpendam” du pape Innocent IV en 1252 allait oficiellement autoriser la torture “pour aider à connaître la vérité”!

Jean-Paul Laurens, The Agitator of Languedoc, 1887“L’inquisiteur préconise dans un premier temps la détention qui, savamment prolongée, “donne l’intelligence” au prisonnier et l’incline à se convertir. Le régime du pénitentiaire implique tantôt les jeûnes, tantôt les entraves aux pieds, tantôt les chaînes aux mains, tantôt d’autres tourments plus cruels. Si le détenu se montre récalcitrant, on le soumet à la torture. L’ordre est donné d’éviter la mutilation et le danger de mort.”14

Ainsi, les inquisiteurs ont créé une atmosphère de suspicion générale qui a miné toute la société, détruisant solidarité, coniance et amitié dans ce Languedoc autrefois si convivial et tolérant. La délation étant fortement encouragée, sinon obligatoire, la méiance devint générale, car sur dénonciation on pouvait perdre sa liberté, tous ses biens, et même sa vie.

MontségurL’assassinat de plusieurs inquisiteurs précipita l’attaque par l’armée royale du château de Montségur, dernier bastion de l’Eglise Cathare. Le 16 mars 1244, après dix mois de siège, les défenseurs des hérétiques (les bons hommes étaient eux-mêmes non violents) se sont rendus, et plus de deux cents Cathares choisirent le bûcher à l’abjuration. C’est ainsi que disparurent la hiérarchie et les structures du catharisme méridional. Après Montségur, il n’y eut plus d’église cathare organisée, mais l’Inquisition allait mettre encore plus de 80 ans à éradiquer “oficiellement” l’hérésie.

Bien que le but oficiellement poursuivi par l’Inquisition fut de combattre l’hérésie et non de tuer, elle a cependant livré des milliers de croyants au bourreau:

“L’église ne considère point les pénalités qu’elle inlige comme de vraies peines. Elle leur laisse un caractère de pénitences utiles au bien spirituel des inculpés d’hérésie. L’hérétique qui refuse opiniâtrement de rétracter ses erreurs et les relaps sont abandonnés au bras séculier. Cette décision préserve l’inquisiteur de l’irrégularité qu’il aurait commise en participant à une sentence capitale.”15

Moyennant des opérations policières à grande échelle qui encerclaient parfois des villages entiers, les inquisiteurs ont démantelé les derniers réseaux cathares. L’un après l’autre, les fugitifs ont été dénoncés et arrêtés.

En 1321 le dernier Cathare connu, Guilhem Belibaste est mort sur le bûcher.

Désormais, seuls les registres d’Inquisition pouvaient encore témoigner de la souriante bonhomie, courage et foi fervente de ces “Bons Chrétiens”. Le travail minutieux des historiens a grandement contribué à les réhabiliter, et même à les rendre populaires au point que catharisme rime aujourd’hui avec tourisme.

Pourtant, si aujouEsclarmonde - Colombe de Lumière, stèle en hommage aux cathares, JL Séveracrd’hui, les cathares revenaient, eux qui se séparaient de la religion oficielle, avaient des croyances radicales, et vivaient en communauté… ne les qualiierait-on pas encore de secte dangereuse?

 


 

Notes

1. Le manichéisme est une croyance dualiste fondée au IIIe siècle par le perse Mani et qui a été fortement attaquée par St Augustin. En 405 le synode de Carthage a approuvé l’utilisation de la force, avec l’aide de l’Etat, quand la persuasion était insufisante pour convertir les hérétiques.

2. Dualisme religieux: croyance admettant la coexistence de deux principes opposés, le bien et le mal.

3. Priscillien, Evêque d’Avila, était décapité en 385 pour divergence doctrinale.

4. Giovanni Gonnet, Cahiers de civilisation médiévale, tome 19 n°4, p 325

5. Langue d’Oc, littéralement “langue d’oui”, ou Occitan, parlé en France méridionale.

6. Certains disent que Cathari vient du Grec katharoi, qui signiie le pur, mais jamais les Cathares ne se seraient appelés eux-mêmes “les purs” ou “les parfaits” comme on les appelait. Pour leurs voisins, ils étaient tout simplement “les bons hommes” ou “les bons chrétiens”.

7. Michel Roquebert, L’Epopée Cathare, p 129  1er 2e

8. Documents et Civilisations, de la Préhistoire à nos jours, Hachette, p 37

9. Michel Roquebert, L’Epopée Cathare, p 130

10. Albigeois est le nom qui fut donné aux Cathares dans le Languedoc.

11. Monique Zerner, La Croisade Albigeoise, p 76

12. D’après Ed. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissina collectio ; trad. M. Zerner

13. L’inquisiteur Nicolas Eymerich, 1376, cité par Laurent Albaret, L’inquisition, Rempart de la foi, p 99

14. L’inquisiteur Bernard Gui, 1322, Albaret, p 101

15. L’inquisiteur Bernard Gui, 1322, Albaret, p 102

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